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MH370 et les secrets de la Malaisie

Par William Reymond - 18 mars 2014

De conférences de presse en déclarations solennelles, d’indiscrétions au mutisme le plus total, d’affirmations en démentis, la Malaisie a démontré sa difficulté à gérer de la communication de crise.

Et ce sentiment de… malaise que nous ressentons en simples spectateurs est aussi une réalité en coulisses. Pour les pays concernés directement par le sort des passagers du MH370 comme par les enquêteurs étrangers.

Tentative de décryptage…

TRANSPARENCE

Depuis samedi dernier et la conférence de presse du Premier Ministre Malaisien, le ton des médias Chinois à changé. Chaque jour, de manière de plus en plus virulente, ils remettent en cause l’absence de transparence de la Malaisie.

Il y a quelques heures, ce sont des familles Chinoises des passagers du 777 qui ont menacé de se mettre en grève de la faim pour contraindre la Malaisie à partager l’ensemble de ses informations.

A sa suite, l’Inde s’emportait publiquement sur le même sujet. Hier, l’ancien ministre des Transports du pays à demandé que l’on confie l’enquête à The International Civil Aviation Organization (ICAO).

Et aujourd’hui, Chuck Hagel, le secrétaire à la défense Américain a téléphoné à son homologue Malaisien pour, à son tour, officiellement, demander plus de clarté.

Officiellement, car depuis le début de l’affaire, les USA se heurtent à la volonté Malaisienne de conduire sa propre enquête et de ne pas partager immédiatement ses informations.

Ainsi, malgré les offres Américaines répétées de faire plus, il n’y a sur place que deux agents du FBI pour enquêter sur la disparition de l’avion.

J’ai bien évidemment interrogé mes sources sur les raisons de ce choix de la Malaisie. Une attitude d’autant plus néfaste qu’elle crée le doute et devient un terreau prospère à toutes les théories de la conspiration.

Les réponses que j’ai obtenu sont étonnantes.

MOYENS

La première tourne autour d’un des thèmes que j’avais développé dans un de mes premiers billets sur le mystère MH370 :

Mais il ne faut pas forcément y voir une intention cachée et secrète de la Malaisie. Du côté des enquêteurs américains, on estime que ce délai est du à la confusion qui règne sur place.

Mais aussi à l’absence de structure adéquate.

En effet, la Malaisie ne dispose pas d’un bureau permanent d’enquête où le personnel est formé à avoir les bons réflexes. Ainsi, des informations qui pourraient être capitales sont traitées par des agents sans l’expérience nécessaire pour les hiérarchiser correctement.

A cette absence réelle de moyens et d’expérience vient s’ajouter une situation politique très délicate.

En effet, depuis 56 ans, la Malaisie est dirigée par le United Malays National Organization (UMNO).

Un parti hégémonique (il a fallu attendre 2008 pour que l’opposition obtienne enfin un tiers des sièges au Parlement) qui a placé ses hommes dans tous les rouages du pouvoir sans forcément les choisir pour leurs capacités à remplir leurs rôles.

Une situation qui entraine une certaine inefficacité que l’on retrouve au quotidien dans l’enquête sur le MH370.

Sans oublier non plus, comme me l’indiquait une de mes sources, la peur constante « de mal faire ou de révéler que tel ou tel service n’a pas fait son boulot. »

FAIBLESSE

La politique n’est pas seulement source d’inertie.

Elle est également à l’origine du choix volontaire et délibéré de la Malaisie de refuser en coulisses une aide plus importante offerte par d’autres nations comme les États-Unis.

Pourquoi ? Parce que justement, alors que chaque scrutin, renforce la montée en puissance de l’opposition, le parti au pouvoir à une crainte: donner l’impression de faire preuve de faiblesse en confiant les rênes de l’enquête à une autre nation.

Ou tout simplement en demandant de l’aide extérieure.

C’est ainsi par exemple que nous avons appris aujourd’hui que la Thaïlande disposait de données radars sur le vol MH370 mais ne les avait pas communiqué à la Malaisie car « personne ne lui avait demandé ».

Bien entendu, on pourrait moquer Bangkok mais le point intéressant est ailleurs : le gouvernement Malaisien de peur d’affaiblir sa position sur sur la scène intérieure n’a pas fait les démarches nécessaires.

ACCIDENT

L’incompétence, l’absence de moyens, les calculs politiques. D’accord. Mais qu’en est-il du reste ?

Vous savez, les motivations cachées. Celles réelles ou imaginaires…

Le sujet est délicat.

Pour une de mes sources qui insiste sur le fait qu’il parle de manière théorique, sans impliquer la Malaisie et sans aucune information particulière sur le déroulement de l’enquête, la volonté de camoufler la vérité dans ce genre de situation peut être motivée par celle de taire sa responsabilité. Ou d’en payer les conséquences.

Plus précisément ?

» Dans le cas d’un accident par exemple. Quelles en sont les causes ? A qui en incombe la responsabilité ? Quelles sont les conséquences pour la compagnie aérienne ? Quelles sont les conséquences économiques pour un pays qui est déjà en difficulté ? »

Si ma source n’évoque pas directement le cas MH370, la question mérite d’être posée.

La Malaisie garderait-elle pour elle des informations prouvant un accident ?

C’est très improbable. Toutes les indications ( la durée du vol, l’absence de débris, l’absence de trace satellite d’une explosion…) vont dans le sens d’une prise de contrôle de l’appareil.

A ce sujet, aujourd’hui, les réseaux sociaux se sont passionnés par une explication d’un ancien pilote de ligne Canadien reproduite par Wired.

Face à vos nombreuses questions, après avoir interrogé 3 pilotes chevronnés dont deux toujours actifs sur des 777, je vous propose de faire une parenthèse ici pour y revenir.

SIMPLE

La théorie de Chris Goodfellow est celle d’un incendie à l’intérieur de l’avion puis d’une tentative désespérée des pilotes pour l’éteindre avant de rejoindre l’aéroport le plus proche.

Selon mes interlocuteurs, la principale qualité du scénario de Goodfellow est de proposer des réponses simples à un mystère complexe.

Ce qui est à l’origine du succès viral de son texte. Mais qui se heure avec la réalité des faits.

Je pourrais ici reprendre point par point le texte cité par Wired et vous proposer un contre-argument. Mais cela serait long et pénible à lire.

Je vais donc me concentrer sur les principaux points :

- PROCÉDURE :

le scénario de Goodfellow ne tient ABSOLUMENT pas en compte de la procédure utilisée par tous les pilotes en cas d’alerte incendie. A bord, le pilote suit les instructions d’une check list qui sont répétées pour validation par son copilote.

La première étape est d’informer les tours de contrôle de la situation à bord. Dans le cas de MH370 silence radio.

La seconde étape est de tenter d’atterrir au plus vite. Pas de monter à 45 000 pieds puis de redescendre.

- AÉROPORT :

Goodfellow explique le virage à gauche par une volonté de se rendre à l’aéroport le plus proche disposant d’une piste assez longue pour accueillir le 777. Il pense qu’il s’agit de l’aéroport de Pulau Langkawi. L’ancien pilote explique avoir cherché l’informations sur Google Earth.

Une recherche plus approfondie – mais non compatible avec le virage gauche- lui aurait permit de voir qu’il y avait deux aéroports plus proches. Certes le premier (Narathiwat) à une piste plus courte, mais le second (Hat Yai Airport) aurait fait l’affaire.

-FILM :

Goodfellow justifie ensuite la montée à 45 000 pieds puis la chute rapide vers 25 000 pieds par une tentative de 1) priver l’incendie d’oxygène 2) éteindre le feu. La technique fait sourire un de mes interlocuteurs qui est certain de l’avoir vu deux ou trois fois dans des films. En réalité ? Elle serait périlleuse pour l’avion et surtout inefficace s’il s’agit d’un incendie à l’intérieur de l’avion.

- EXEMPLES :

L’article cite le vol Swissair Flight 111 qui en 1998 a été victime d’un incendie à bord avant de s’abimer dans l’Atlantique. Goodfellow aurait pu citer aussi le vol UPS Airlines Flight 6 de 2010. Lui également victime d’un incendie à bord. Un exemple d’autant plus intéressant que dans sa cargaison se trouvait des batteries au lithium comme, on le pense, c’était aussi le cas pour MH370.

Le problème de ces deux exemples est qu’ils prouvent exactement le contraire de ce que Goodfellow tente d’avancer. Ainsi, l’incendie n’a empêché aucun des appareils à communiquer par radio le fait qu’ils avaient un problème ( appel « Pan-Pan » Problème urgent pour le Swissair, « Mayday » pour l’UPS).

De plus, les deux appareils se sont écrasés dans les 30 minutes qui ont suivi la notification de l’incendie. Là, MH370 a continué à voler pendant presque 7 heures.

Vous l’avez compris – à part accepter l’idée que les pilotes n’ont pas suivi la procédure, qu’ils se soient trompés d’aéroports, que dans l’urgence ils aient disposé du temps suffisant pour rentrer les coordonnées de leur virage gauche dans l’ordinateur de bord, que l’incendie ait été aussi foudroyant et rapide pour détruire les radios, le système électrique mais pas le système d’envoi de ping satellite ni le copilotage; pour tuer tout le monde en bord avant l’utilisation de téléphones portables sans pour autant endommager l’avion pour qu’il continue de voler plusieurs milliers de kilomètres – le scénario Goodfellow aussi simple et brillant qu’il paraisse ne tient malheureusement pas la route.

PISTES

Revenons maintenant à ma question originale sur l’étrange comportement de la Malaisie, accusée publiquement par la Chine, l’Inde et les USA de ne pas partager toutes ses informations.

Une fois écartée l’idée d’un silence pour camoufler une éventuelle responsabilité ou ses conséquences dans le cas d’un accident que reste-t-il ?

Pour une de mes sources, ancien du renseignent US, spécialiste du terrorisme, la réponse est peut-être a chercher du côté du passé de la Malaisie.

Comment ?

DEVINETTE

Le jeu de pistes commence par une devinette : « Pourquoi en sait-on autant sur la vie du capitaine du vol MH370 mais presque rien sur celle de son co-pilote ? »

La réponse est simple mais ses conséquences complexes: « Parce que le gouvernement de Malaisie qui ne communique sur rien a décidé de nous donner toutes ses infos là ».

Pourquoi ? D’abord parce qu’elle embarrasse Anwar Ibrahim, le principal opposant au pouvoir hégémonique du United Malays National Organization.

En effet, depuis samedi, toutes les informations fuitées depuis la Malaisie présente le capitaine Zaharie Ahmad Shah comme une d’extrémiste fanatisé par Anwar.

Et comme nous l’avons vu, la principale priorité du pouvoir en place est d’y rester. Y compris en exagérant et déformant les idéaux politiques du capitaine du MH370.

Dans le « dirty business » de la politique et du renseignement, on appelle ça du « character assassination ». De la destruction de réputation…

CONCEPT

Mais cet un autre concept que ma source a en tête lorsqu’il pose sa devinette initiale, celle du « smoke and mirror ».

Cette technique utilisée par les magiciens, les gouvernements et les espions pour nous faire regarder à droite quand tout se passe à gauche.

Donc, après 30 ans de métier, et autant d’opérations de diversions, sans avoir une connexion directe avec l’enquête, mon ex du renseignement remarque que « pendant que l’on jette la vie du pilote en pâture, personne ne parle de son second ».

Et force de reconnaitre, qu’effectivement, nous savons peu sur Fariq Abdul Hamid.

BIOGRAPHIE

La biographie du copilote du MH370 tient effectivement en 2 photos, quelques lignes, pas mal d’imprécisions et beaucoup de doutes.

On sait par exemple qu’à 27 ans, il venait juste d’être promu sur les 777 et avait seulement une expérience totale de vol de 2600 heures (pour rappel, la montée à 45 000 pieds et la chute sont considérées par certains spécialistes comme une erreur de pilotage d’un débutant)

Qu’il est fiancée à une autre pilote, connue à son école de pilotage. Du moins, selon certaines sources. Car d’autres, interrogeant un de ses cousins, expliquent que ce n’est pas le cas.

Qu’il est le plus jeune – ou selon qui on croit, le plus âgé d’une famille de cinq enfants. Et qu’il partage son appartement avec un ou deux de ses frères.

On a pu lire aussi qu’il est « très religieux » et habite à moins de « 50 mètres d’une mosquée ». Pourtant ni ses voisins ni les responsables du lieu de culte ne semblent avoir d’informations sur la vie de Fariq Abdul Hamid.

Une confusion d’autant plus dommage que depuis hier, sans que cela soit encore confirmé officiellement, on pense que il est l’auteur du dernier message radio avant que MH370 disparaisse .

La silence Malaisien est-il lié aux activités du copilote du 777 ?

Il est impossible de le savoir. Mais alors que le mystère s’épaissit, c’est une option a garder à l’esprit.

A suivre…

William Reymond Blogue

Tag(s) : #MH370, #MalaysiaAirlines, #Actualité