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Syrie : une nouvelle loi ouvre la voie à une réélection d'Assad

AFP 14 mars 2014

Une nouvelle loi électorale vient d'être votée empêchant les personnes ne résidant pas depuis au moins 10 ans en Syrie sans discontinuité de se présenter. Elle empêche de fait à l'opposition, souvent exilée à Beyrouth de se présenter.

Le Parlement syrien a voté une loi qui exclut de facto une participation de l’opposition en exil à la prochaine présidentielle et ouvre la voie à une réélection du président Bachar al-Assad, à la veille du 3e anniversaire de la guerre en Syrie.

Le médiateur international Lakhdar Brahimi a jugé que l’organisation par le régime d’une présidentielle dans le pays ravagé par les combats torpillerait les négociations de paix, s’attirant vendredi les critiques du pouvoir qui l’a accusé d’avoir «outrepassé» son rôle.

Confronté à une rébellion qui veut sa chute, Assad n’a pas encore officiellement annoncé son intention de briguer un troisième mandat mais il a affirmé en janvier à l’AFP qu’il y avait de «fortes chances» qu’il le fasse.

Aucune date n’a été annoncée pour le scrutin, mais les électeurs doivent être convoqués entre 60 et 90 jours avant la fin du mandat de Assad le 17 juillet. L’élection se tiendra dans un pays saigné à blanc par la guerre et rongé par une crise humanitaire inouïe. Aucun des protagonistes ne semble avoir les moyens de l’emporter même si les troupes loyalistes gagnent du terrain.

Jeudi, le Parlement a approuvé les clauses de la loi électorale qui permet théoriquement, pour la première fois depuis des décennies, à plusieurs candidats de se présenter, en vertu de la Constitution de 2012. Mais si ce texte constitutionnel établit le «pluralisme politique» en abolissant la suprématie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle, la loi électorale empêche de fait les figures de l’opposition en exil de se présenter.

Brahimi a «outrepassé» son rôle

Chaque candidat doit en effet «avoir vécu en Syrie pendant une période de 10 ans de manière continue au moment de présenter sa candidature et ne doit pas avoir une nationalité autre que syrienne», stipule le texte. Or la Coalition de l’opposition, considérée comme l’interlocuteur privilégié par l’Occident et dont le départ de Assad est la principale revendication, est installée à Istanbul.

Le régime a déjà organisé en mai 2012 des législatives boycottées par l’opposition. A l’époque, Assad avait dit que les élections avaient montré le soutien des Syriens à son régime face aux «terroristes», en allusion aux rebelles. «S’il y a une élection, je soupçonne que toute l’opposition ne sera probablement pas intéressée pour discuter avec le gouvernement», a prévenu Brahimi après deux séries de pourparlers infructueux à Genève en janvier et février.

«Brahimi doit respecter son rôle en tant que médiateur, il doit être honnête et impartial. Ses propos ont outrepassé sa mission», a rétorqué le ministre syrien de l’Information Omrane al-Zohbi.

En attendant, à Homs, reprise dans sa majorité par le régime, la campagne pour une réélection d’Assad a commencé. «Parce que vous êtes le symbole de notre victoire et de notre résistance, nous vous implorons de vous porter candidat à la présidence», pouvait-on lire sur un immense calicot avec le portrait de Assad.

Depuis l’ascension du clan Assad en Syrie en 1970, la présidentielle est en réalité un plébiscite en faveur d’un candidat unique.

Porté au pouvoir en 2000 après la mort de son père, Hafez, Bachar al-Assad, 48 ans, a été reconduit en 2007. Dans le sillage du Printemps arabe, une contestation pacifique a éclaté dans le pays le 15 mars 2011 puis s’est transformée en rébellion armée après la répression du pouvoir.

La Syrie, nouvel «Auschwitz» pour David Crane

En trois ans, plus de 146 000 personnes sont mortes selon une ONG et plus de neuf millions de personnes ont été contraintes à la fuite, soit la plus importante population de déplacés au monde selon l’ONU. De plus, au moins un million d’enfants sont privés d’aide humanitaire selon l’UNICEF. «Il est inacceptable qu’une catastrophe humanitaire de cette ampleur puisse avoir lieu sous nos yeux sans la moindre indication d’un quelconque progrès pour arrêter ce bain de sang», a dit le patron du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres.

L’ex-procureur de l’ONU, David Crane, a lui évoqué, dans un rapport co-écrit avec deux autres ex-procureurs internationaux, le camp de concentration d’Auschwitz en parlant de la Syrie où au moins «11 000 personnes ont été torturées, affamées jusqu’à la mort, puis exécutées dans des centres et des lieux de détention du régime».

AFP

Tag(s) : #Syrie, #Assad, #Actualité