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Introduction à la psychopathie à l'usage du profane

Par Mrs T. - SOTT

Sophie est récemment partie en vacances, laissant sa clé à la voisine pour qu'elle puisse arroser les plantes et donner à manger aux chats. Lorsqu'elle est rentrée, tous ses bijoux de valeur avaient disparu. Aucune trace d'infraction n'a pu être constatée où que ce soit. La voisine n'est, bien entendu, « au courant de rien ». 15 000 euros de perte et bien des soupçons plus tard, Sophie a du mal à lui reparler.

Marc, conseillé par un expert de Genève, a acheté des objets d'art à un tiers pour la somme de 150 000 euros. L'expert doit prochainement lui racheter le tout et Marc fera ainsi un joli bénéfice. Cependant, l'expert tarde à se manifester, et lorsque Marc finit par téléphoner au bureau d'expertise à Genève, une « secrétaire » lui dit que l'expert est entendu par la justice pour blanchiment d'argent. Marc se rend compte qu'il n'est finalement même pas certain de la valeur des objets achetés et qu'il a ainsi déboursé 150 000 euros pour un lot dont il n'a que la parole de l'expert en question pour savoir ce qu'il vaut. A présent, le bureau ne répond plus. Apparemment, le vendeur du lot et « l'expert » de Genève étaient de mèche.

Pierre est pâtissier. Il décide d'exporter son produit 100% français en Chine. Il a pour associé son meilleur ami, à qui il laisse la partie comptable pour se charger de ce qu'il connaît le mieux : la pâtisserie. Leur affaire marche bien et en un an, l'affaire est non seulement rentable, mais ils réalisent des profits. Du jour au lendemain, Pierre est renvoyé par son ami qui a pris soin de ne pas lui dire que l'entreprise n'a jamais été leur propriété commune mais uniquement la sienne. Pierre ne peut rien faire et doit rentrer au pays et tout reprendre à zéro.

Ce que ces gens ont en commun est évident : ils ont fait confiance à un psychopathe qui a profité de leur naïveté pour les arnaquer.

La première réaction des gens quand ces histoires font surface est en général l'incrédulité. Elle est immédiatement suivie d'un autre sentiment, moins compréhensible peut-être : les gens incriminent la personne flouée. « C'est elle/lui qui était naïf, aussi ! Quelle idée de faire confiance à quelqu'un pour quelque chose d'aussi important ! Jamais je ne ferais confiance à qui que ce soit dans ce genre de situation ! Moi à sa place, j'aurais.... ». C'est un réflexe malheureusement courant : blâmer la victime [1] permet de se sentir moins en danger, de se rassurer sur ses propres capacités à éviter ce genre de situation déplaisante. La victime ne peut que l'avoir cherché, après tout. Sinon, dans quel monde vit-on ? Un monde où l'on peut se faire arnaquer par un proche ? Un monde dans lequel on ne peut faire confiance à (presque) personne ? Non, le problème est probablement ailleurs. Et ailleurs, c'est la victime. Elle doit être bête, naÏve, l'avoir mérité. Car qui se fait voler par un ami ?

Eh bien apparemment, beaucoup de gens. En fait, beaucoup plus de gens qu'on ne pourrait le penser à l'origine puisque, par principe, être victime de ce type de situation est honteux. Il n'y a pas que les gens à qui l'on raconte ces histoires qui pensent que la victime est bête, naïve et l'a bien mérité. La victime aussi le pense. Elle a honte. Et donc elle ne portera pas forcément plainte. Ce n'est jamais agréable de raconter qu'on s'est fait arnaquer par une connaissance ou pire, un ami ou un membre de sa famille. On s 'imagine que les autres, eux, auraient compris. Et pourtant, lorsqu'on voit la facilité déconcertante avec laquelle ces arnaqueurs sévissent chaque jour, il faut croire que les autres ne comprennent pas non plus.

Et comment le pourrait-on ? Quand avez-vous lu pour la dernière fois un article, un livre ou vu un film qui traitait intelligemment et correctement de la psychopathie ? Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit. Arnaquer sans conscience un ami, un voisin ou un membre de sa famille et ne montrer aucun signe de (véritable) remords en conséquence relève de la psychopathie. Les psychopathes constituant environ 6 à 10% de la population (mais les estimations divergent), vous êtes condamnés à en rencontrer (ou pire, en être victime) au moins un dans votre vie. Et pourtant, vous ne savez presque rien de ce type de personnes. Parce que ce qu'en disent les médias (et soyons honnêtes, c'est de là que la plupart des gens tirent l'essentiel de leurs « connaissances » sur le monde qui les entoure), c'est, à peu de choses près, qu'un psychopathe, c'est Hannibal Lecter. Un fou qui tue des gens.

Jamais les médias ne vous expliqueront qu'un psychopathe, c'est aussi un meilleur ami avec qui vous riez toutes les semaines au café du coin, c'est votre voisin qui sort toujours ses poubelles et soigne les animaux abandonnés (pour se donner une bonne image), c'est votre élu local ou la gardienne de votre immeuble. Et pourtant, les psychopathes sont ces personnes avant tout. Et comme les médias ne nous donnent la plupart du temps que des caricatures ou des exemples extrêmes de psychopathes, nous sommes incapables de les repérer. Du moins pas avant qu'ils ne fassent des dégâts dans notre vie.

Et des dégâts, ils en font. Ils ne font même pratiquement que cela. Les psychopathes se reconnaissent souvent aux victimes qu'ils laissent derrière eux : femmes abandonnées après avoir été mises enceintes, amis volés, associés floués, parents grugés, etc. Sans parler des dettes accumulées, des pensions alimentaires non payées, des absences aux convocations au tribunal, des multiples récidives en tous genres. Le psychopathe ne fait que ce qu'il a envie de faire, et il a n'a pas souvent envie de faire ce que sa conscience lui dicte... tout simplement parce qu'il n'en a pas. C'est d'ailleurs ce qui est le plus difficle à avaler pour la plupart des gens : qu'un être humain en apparence semblable à eux puisse effectivement ne pas avoir de conscience. Ce concept relève de la science-fiction pour quiconque n'a pas (encore) été victime d'un psychopathe. Car dans la société judéo-chrétienne dans laquelle nous baignons, comment juger quelqu'un de la sorte ? Qui est-on pour décider qu'une personne a une conscience ou pas ? La peur de juger de peur d'être soi-même jugé joue certainement également un rôle dans cette politique de l'autruche. La peur de se tromper et de bannir une personne tout à fait innocente, la peur de colporter des ragots infondés, la pensée que si l'on est bons, tout le monde l'est également, et tout simplement, le choix de ne pas s'intéresser à ce type de problématique, bloquent encore davantage l'apprentissage de ce qu'est la psychopathie. Et étant donné que les informations disponibles sont déjà relativement rares, autant dire que la plupart des gens ne savent absolument rien sur le sujet.

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Tag(s) : #Société, #Psychologie, #Psychopathie