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L’Âge d’Or des « Opérations noires »

Les Missions d’Opérations Spéciales ou "Opérations noires" (opérations couvertes par le gouvernement des Etats-Unis, à caractère clandestin et qui sont contraires à la loi) existent dans déjà 105 pays en 2015...

En plein cœur de la nuit, ils sont montés à bord du Boeing V-22 Osprey « tilt-rotor » (1). Après avoir atterri dans une région reculée de l’un des pays les plus violents du monde, ils ont attaqué un village et se sont rapidement retrouvés dans un échange de coups de feu mettant leur vie en jeu. En deux semaines, c’était la deuxième fois que « l’US Navy SEAL » (la principale force spéciale de la marine de guerre des États-Unis) avait tenté de sauver le journaliste américain Luke Somers. Et c’était la deuxième fois qu’ils échouaient. Le 6 décembre 2014, près de 36 des meilleurs commandos américains, lourdement armés, utilisant les renseignements fournis par les satellites, les drones ainsi que les systèmes d’écoutes de haute technologie, équipés de lunettes de vision nocturne et soutenus par les troupes élites du Yémen, se sont affrontés avec six militants d’Al-Qaeda dans la péninsule arabe. Une fois les affrontements terminés, Somers était mort, de même que Pierre Korkie, un professeur sud-africain qui devait être libéré le jour suivant. D’après des sources locales, huit civils ont également été tués par les commandos, alors que la plupart des militants se sont enfuis.

Dépendant de votre point de vue, cet affrontement sanglant fut soit la fin honteuse d’une année marquée par un record de déploiement des forces d’opérations spéciales américaines, soit le début désespérant d’une nouvelle année qui est déjà sur le point d’atteindre des records similaires, voire même de les battre.

Selon les propos de Robert Bockholt, un Lieutenant-colonel et responsable des affaires publics en relation avec les Forces Spéciales US (SOCOM), les forces d’opérations spéciales américaines auraient été déployées dans 133 pays (ce qui représente près de 70 % du nombre total de pays dans le monde) au cours de l’année fiscale (référence américaine, NDTR) qui s’est terminée le 30 septembre 2014. Durant trois années, les forces d’élites du pays étaient en activité dans plus de 150 pays différents, menant des missions diverses telles que des massacres, des captures pendant la nuit ou encore la formation des troupes. Ils pourraient battre le record cette année. Un jour précédant l’attaque manquée qui a mis fin à la vie de Luke Somers (le 6 décembre 2014, soit le 66ème jour de l’année fiscale 2015), la plupart des troupes d’élites américaines étaient déjà présentes dans 105 nations, ce qui équivaut à près de 80 % du nombre total de pays « envahis » en 2014.

Malgré ses énormes et importantes conséquences, cette guerre globale et secrète, menée à travers le monde, est inconnue des Américains. Mise à part le fiasco au Yémen en décembre dernier, la grande majorité des missions d’opérations spéciales sont maintenues secrètes, à l’abri de tout contrôle externe ou d’analyse approfondie par la presse. En fait, à part les quelques bribes d’informations (fortement sélectionnées) fournies par les services militaires, les divulgations officielles par la Maison blanche, mettant encore une fois en avant les membres du SEAL ou nous présentant les propos rapportés par des journalistes privilégiés qui étaient sur les lieux au moment propice, une grande partie de ce que font les forces spéciales n’est jamais soumise à une analyse minutieuse, ce qui ne fait qu’augmenter les chances d’avoir des conséquences catastrophiques ainsi qu’un retour de manivelle inattendu.

L’Âge d’or

« Le commandement est à son paroxysme. C’est en effet un âge d’or pour les opérations spéciales », explique le Général Joseph Votel III, diplômé de l’Académie militaire de West Point (2) et Rangers de l’armée américaine, alors qu’il était à la tête du commandement du SOCOM en août dernier. Bien que son discours puisse paraître ampoulé, il n’exagère absolument pas : depuis le 11 septembre 2001, les forces d’opérations spéciales ont connu une croissance considérable, que ce soit en termes de nombre de membres, de budget, de leur influence à Washington et de la place qu’elles occupent dans l’imagination des Américains. Les membres du commandement sont deux fois plus nombreux qu’en 2001 (ils sont passés de 33 000 à 70 000 aujourd’hui), et il y a eu 8000 personnes de plus pendant les trois ans durant lesquels le chef amiral du SOCOM William Mcraven (qui a récemment pris sa retraite) était en fonctions.

Ces statistiques, aussi impressionnantes qu’elles soient, ne donnent pas une idée complète de la nature de l’expansion et de la portée mondiale grandissante de la majorité des forces d’élites des États-Unis. Pour cette raison, il est indispensable de présenter un résumé de la structure du SOCOM, structure qui est en forte croissance et où chaque acronyme a son importance. La liste peut paraître ennuyante, mais c’est le seul moyen de capter sa portée dans sa totalité.

Les membres les plus importants des troupes du SOCOM sont les Rangers, les bérets verts et les autres soldats de l’armée, suivis des commandos de la Air Force, les SEALs, Special Warfare Combatant-Craft Crewmen (3) et le personnel de soutien de la Navy, de même qu’un petit nombre provenant de l’infanterie de marine. Cependant, vous ne vous ferez une idée de l’étendue du commandement que si vous tenez compte de l’ensemble de « commandements sous-unifiés » parmi lesquels sont divisées ces troupes d’opérations spéciales :

SOCAFRICA, SOCEUR, le groupe européen ;

SOCKOR, qui est essentiellement dédié à la Corée ;

SOCPAC, qui couvre les régions de l’Asie-Pacifique ;

SOCSOUTH, qui mènent des missions en Amérique centrale, en Amérique du Sud, et aux Caraïbes ;

SOCCENT, le commandement sous-unifié de l’US Central Command (CENTCOM) au Moyen-Orient ;

SOCNORTH, qui s’occupe de la « défense nationale » ;

Enfin, impliqué un peu partout dans le monde le JSOC (Joint Special Operations Command), un sous-commandement clandestin (précédemment dirigé par McRaven et ensuite Votel), composé de membres provenant de chaque branche, notamment les membres du SEALS, les soldats de l’air de l’Air Force et la Delta Force de l’armée, qui se spécialise dans le traçage et l’assassinat de personnes soupçonnées de terrorisme.

Et ce n’est pas encore fini. En raison de la volonté de McRaven de créer « un réseau global de SOF (Special Operation Forces) composé d’inter-institutions d’alliés et de partenaires ayant la même mentalité », les officiers de liaison des forces spéciales sont désormais incorporés dans 14 ambassades importantes des États-Unis pour conseiller les forces spéciales des nations alliées.

Selon Votel, le SOLO, déjà en activité en Australie, au Brésil, au Canada, en Colombie, au Salvador, en France, en Israël, en Italie, en Jordanie, au Kenya, en Pologne, au Pérou, en Turquie et au Royaume-Uni, est sur le point de s’étendre jusqu’à 40 pays d’ici 2019. Le commandement, et en particulier le JSOC, a aussi établi des liens étroits avec la CIA, le FBI et la NSA, entre autres.

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Tag(s) : #USA, #Afrique, #Géopolitique, #Impérialisme